Histoire

Interview par Gemma Daou, Docteur en philosophie

G : Bonjour ! Martin Prévost, vous êtes le fondateur du projet Democracy’s Roots. Pouvez-vous nous dire qui êtes-vous ?

M : Je suis né en région de Bruxelles-Capitale, de parents français, avec un père qui a travaillé toute sa carrière dans la PAC Politique Agricole Commune. J’ai donc baigné dans le multiculturalisme et développé un très grand intérêt pour l’Union Européenne qui est un exemple de société démocratique à travers le monde. J’ai étudié les mathématiques, la physique et l’économie dans plusieurs universités. Une de mes meilleures expériences fut celle de voyager seul, avec mon sac à dos, à travers 6 pays de l’Amérique latine durant près d’un an. J’ai travaillé dans plusieurs sociétés diverses qui ont encore renforcé mes capacités et ai participé à plusieurs projets entrepreneuriaux tournés à l’international.

G : Comment l’idée de Democracy’s Roots vous est-elle venue ?

M : J’étudiais à l’époque les statistiques dans une université à distance espagnole. J’ai tout de suite été fasciné par l’intérêt de ce que j’appelle « les comparaisons de réponses ». Je travaillais déjà dans les startups et j’ai rapproché ces mathématiques aux innovations civiques. J’ai toujours eu énormément d’intérêt en politique. Les réflexions qui m’ont mené à lancer Democracy’s Roots étaient en premier lieu inspirées des mathématiques bien que je surf aujourd’hui sur la vague montante des nouvelles technologies d’innovations civiques.

G : Pourriez-vous nous dire ce qu’apporte Democracy’s Roots de nouveau aux pratiques démocratiques ?

M : Democracy’s Roots utilise le système de comparaison de réponses corrigées. D’un côté, nous corrigeons l’échantillonnage d’utilisateurs par le marketing ciblé, et de l’autre nous corrigeons statistiquement les réponses par connaissance des données d’utilisateurs et la réelle répartition des intentions de vote. Nous arrivons donc à un résultat très précis de ce qu’une réelle démocratie participative est. L’utilisateurs peut comparer ses réponses à celles des autres utilisateurs; cela permet de comprendre et visualiser où il se place par rapport aux autres.

Ce que j’apprécie et qui a de l’intérêt pour les politiciens comme pour les citoyens, c’est qu’en comparant les résultats de la plateforme avec les actions des politiciens en exercices, pour une question d’actualité, nous arrivons à ce que j’appelle : « la concordance entre la volonté citoyenne et l’action politique ». Il ne faut pas oublier qu’aux sein des institutions, Democracy’s Roots ne supprimera pas les besoins de politiciens et de technocrates, c’est-à-dire que c’est un outil qui « améliore » les pratiques démocratiques de manière numérique et participative.

G : Quels sont les moyens de communication que propose Democracy’s Roots ?

M : On ajoute un système d’amis adapté au modèle. Pour chaque question ou groupe de questions, l’utilisateur a le choix de rester anonyme ou d’être visible par les autres utilisateurs. S’il laisse un commentaire, il sera automatiquement visible; c’est ce qui entraîne une liste de commentaires par question (sauf lors de votes où il n’y a pas de liste de commentaires et que chaque votant est anonyme). Après avoir répondu à une question ou groupe de questions, sur la page des réponses, l’utilisateur a accès au mur de discussion pour continuer à élaborer ses idées et prendre part au débat. Via sa liste d’amis, l’utilisateur peut chatter à deux ou en groupe. Il est aussi possible de créer un groupe de discussion sur un sujet ou autour d’une personne. Pour diffuser ses idées, nous proposons aux utilisateur une forme de blog.

Ces divers lieux de discussion ont été créés dans un but de favoriser le dynamisme et la synergie au sein de l’ensemble de la communauté d’utilisateurs. De plus, toujours dans l’optique d’informer un maximum les utilisateurs, nous proposons des liens externes liés aux sujets: comme des blogs, des articles de journaux, des études d’experts, etc.. Bien sûr, nous prévenons les utilisateurs que les liens externes ne sont pas nécessairement neutres et objectifs politiquement.

G : Comment Democracy’s Roots met-il à profit la technologie informatique pour un fonctionnement optimal de la plateforme ?

M : Il y a le big data management, cela va de soit car nous devons traiter l’ensemble des statuts, les réponses des utilisateurs que nous voulons les plus nombreux possibles et la gestion des lieux de discussion. Nous favorisons les algorithmes et l’IA Intelligence Artificielle, qui sont primordiaux pour étudier les données, accélérer les différents processus, les rendre optimaux et donner du sens à la plateforme. Il y a aussi la sémantique qui est très utile pour compléter les informations. Et encore, la technologie de la « blockchain » qui est très prometteuse pour sécuriser et rendre transparent les réponses des citoyens. Il existe des études et outils européens qui nous sont très utiles, comme l’e-Id, l’identité européenne digitale.

De plus, après avoir prouvé le bon fonctionnement et la sécurité des réponses, grâce aux technologies, nous pourrons proposer aux gouvernements d’autoriser les votes lors d’élections ou de référendum via notre plateforme. Vous avez une réduction des coûts, une augmentation de la rapidité, une mise en avant de la sécurité et la transparence des votes.

G : Qu’est-ce que cela implique pour le système de comparaison ?

M : Le système de comparaison est utile pour se comparer, se positionner comparé à d’autres, mais aussi trouver de nouveaux amis ayant les mêmes intérêts, ce qui est très utile pour par exemple trouver un politicien ayant les mêmes idées que soit. Pour le système de comparaisons de réponses, l’utilisateur peut choisir de comparer sur toutes les questions auxquelles il a répondu, un groupe de questions ou sur une question bien précise. Le système est filtrable selon la recherche : un citoyen, un politicien ou une organisation, par niveaux de pouvoirs, type de questions ou sous quel ministère de l’exécutif cherche-t-il à filtrer.

Lorsque l’on parle d’organisations (partis politiques, ONGs, ASBLs, syndicats, think tanks, Lobbys, etc.), il leur est vivement conseillé de répondre aux questions pour que les utilisateurs puissent s’y comparer. Mais il faut comprendre que leurs réponses ne sont pas prises en compte dans le résultat final car les membres de ces organisations peuvent aussi avoir un compte d’utilisateur. L’idéal, pour que chaque utilisateur n’ait qu’un seul compte et que nous ayons un suivi des statuts civiques, nous favorisons l’inscription avec la carte d’identité.

G : Comment les questions sont-elles posées ?

M : Ce sont les différents niveaux de pouvoir, qui louent les services de Democracy’s Roots, qui peuvent proposer des questions selon leurs l’actualités et leurs agendas. Nous leur proposons en plus trois cas exceptionnels: un questionnement en urgence favoriser la résilience), les votes numériques, et des groupes de questions pour aider à décider pour qui voter. De plus, il est proposé aux citoyens de proposer eux-mêmes des sujets de questions. Lorsque les utilisateurs sont conséquemment nombreux à demander de poser les mêmes questions sur un certain sujet, nous pouvons alors les adresser à la communauté. Pour ce dernier cas, il faut se mettre d’accord avec les autorités impliquées pour savoir à partir de quel nombre de citoyens demandant les mêmes questions, pouvons-nous les soumettre à la communauté ?

G : Comment protégez-vous les utilisateurs sur la plateforme ?

M : Nous appliquons un système de modération aux différents lieux de discussion pour interdire les grossièretés, les haines, les violences verbales ou encore d’autres atrocités. De plus, les réponses aux questions sont accessibles sous différentes formes: par comparaisons graphiques ou géographiques des réponses. Bien sûr, dans le cas des communes il n’y a pas de comparaison géographique. Les résultats sont toujours corrigés. Dans chaque cas de comparaison il est lié un titre pour ne pas confondre ni propager de « fake news », comme avec des partages de réponses sur des réseaux sociaux. Il est strictement interdit de vendre ou partager, à d’autres personnes ou organisations, quelconques données d’utilisateurs.

G : Quel est le rapport entre le statut civique et les questions auxquelles un citoyen peut répondre ?

M : Le modèle de la plateforme est créé de sorte à être fonctionnel à tous les niveaux de pouvoirs politiques en même temps. Par exemple, dans mon cas, français et majeur vivant à Saint Josse-ten-Node qui est une commune de Bruxelles-Capitale, j’aurais accès aux questions du niveau européen et d’autres niveaux supranationaux, du niveau national français, du niveau de ma région française, ainsi qu’aux questions de la commune de Saint Jose-ten-Noode. Le modèle s’adapte très bien à toutes démocraties, comme par exemple en Belgique, nous avons le niveau des régions mais aussi le niveau des communautés linguistiques.

G : Comment vous protégez-vous contre les abus du système ?

M : Il est certain que l’organisation de Democracy’s Roots a besoin d’une charte pour se protéger. Ce que nous faisons c’est de favoriser la démocratie participative, il ne faut pas l’oublier! Les mots d’ordre sont : « transparence, indépendance, neutralité et sécurité ». Tous ceux qui travaillent pour ou avec Democracy’s Roots doivent signer et se soumettre à la charte. Nous laissons à toutes personnes la capacité de se plaindre dans un cas de non-respect de la charte. Nous avons donc besoin de professionnels de questions politiques neutres et indépendants pour que l’ensemble des processus, dont le fait de poser une question, restent neutres et objectifs de sorte à ne pas influencer ni favoriser une quelconque communauté. Les professionnels de questions auront aussi pour tâche de résumer de façon objective les sujets avant les questions.

G : Quelle est votre concurrence ?

M : Nous préférons parler de potentiels partenaires plutôt que de concurrence. Il existe plusieurs types d’innovations civiques favorisant la démocratie participative: celles qui proposent un questionnaire avant des élections pour savoir pour qui voter, celles qui proposent des sondages mais qui ne sont pas corrigés et dont les réponses ne sont pas comparables, celles qui proposent de l’information sur un certain niveau de pouvoir en mettant en avant son actualité et son agenda, celles qui font l’heuristique des votes : « pour ou contre » des assemblées législatives, celles qui proposent de discuter avec un politicien ciblé, celles qui modèrent les débats, celles qui étudient les IA Intelligences Artificielles, etc.. Democracy’s Roots apporte d’autres possibilités et outils supplémentaires. Nous souhaitons fédérer les compétences et les expériences.

Le modèle de Democracy’s Roots a comme contrainte qu’il lui est nécessaire d’avoir un gros échantillonnage pour correctement fonctionner, et vu qu’il fonctionne à tous niveaux politiques, nous nous dirigerons vers les plus hautes sphères de pouvoirs politique: commencer avec l’Europe, exemple planétaire de démocratie, et ses 27 niveaux nationaux. C’est à ces niveaux qui manquent le plus d’outils favorisant la démocratie participative. Democracy’s Roots est donc une innovation technologique parmi les innovations civiques.

G : Quel est le but ?

M : Pour vous répondre je commencerai par la catch-line :

“Democracy’s Roots°: the revolution of the digital and participatory democracy!”

Democracy’s Roots apporte une nouvelle vision de la démocratie digitale et participative; favorisant donc la volonté citoyenne. Le modèle fonctionne à tous niveaux et types de démocratie. Et vu que les citoyens répondent dans leur intimité avec un minimum d’influence:

“Democracy’s Roots has the potential to create a worldwide democracy based on the will of citizens!”

Ce que je veux dire par là c’est qu’en favorisant la protection et une expansion géographique rapide de Democracy’s Roots, nous pouvons mettre en relation toutes les régions de la planète.

C’est le but : extension géographique rapide du haut vers le bas, du supranational au local où il existe déjà un bon nombre d’innovations citoyennes, et vers les démocraties extérieures à l’Europe. Avec l’expérience et l’exemple de l’Europe et ses nombreuses langues nous pourrons facilement nous adapter aux autres régions de la planète.

G : Merci pour votre collaboration !